ANR: le projet MARITEM retenu

 

Le projet interdisciplinaire MARITEM comporte plusieurs objectifs. Le premier est de comprendre le Manuscrit du Roi dans son élaboration matérielle, musicale et textuelle, mais aussi d’en connaitre les procédés de diffusion et de réception jusqu’à nos jours, dans la culture écrite et orale. Pour y parvenir, nous produirons une édition numérique musico-textuelle pensée pour plusieurs usages différents, comme l’outil numérique peut le permettre, c’est-à-dire avec des couches successives représentant les différents états de l’édition jusqu’au document source (allographétique, graphématique alignée, ponctuée, corrigée, interprétative). Le procédé permet de travailler avec souplesse sur les différents stades de l’édition et se distingue en cela de l’édition numérisée. Par l’édition allographétique, nous pourrons par exemple comprendre les habitudes des scribes, les processus de copie, les possibles réécritures musicales, les étapes de façonnement du manuscrit, autant d’éléments peu connus, faute de pouvoir encore confronter les données textuelles avec les données musicales. 

Le deuxième objectif vise à cerner les rapports entre les différents corpus consignés dans ce manuscrit. Nous pourrons mieux connaître, par exemple, les liens entre le motet et la chanson, les deux répertoires étant généralement étudiés de manière séparée. Avec la présence des pièces latines, la perspective sera de comprendre le rapport entre la chanson en langue vernaculaire et la chanson en langue latine, d’un point de vue des modalités de performance ou de la tradition écrite (copiste, témoin, réécriture, etc.) 

Le troisième objectif, à travers l’étude d’un manuscrit témoin découvert dans toutes ses facettes, est de construire une nouvelle méthode analytique fondée sur les outils numériques qui pourra ensuite être appliquée à d’autres codex musicaux. Grâce au moteur de recherche, nous étudierons par exemple le traitement musical d’un type de diphtongue en particulier, étude encore impossible de nos jours faute d’un tel outil. De la même manière, nous associerons les accents du texte avec les motifs musicaux, ce qui ouvrira la voie à de nouvelles hypothèses sur le rythme des monodies non mesurées. Plus encore, la musicologie rejoindra la philologie textuelle dans la construction des stemma codicum.

Le quatrième objectif est de valoriser un patrimoine encore mal connu, la chanson médiévale profane. En ce sens, la collection de partitions contiendra des éditions interprétatives pensées particulièrement pour les musiciens, mais aussi pour les enseignants et les chercheurs qui disposeront aussi d’exemples vocaux et de références discographiques. Le projet souhaite offrir un matériel fiable aux interprètes actuels des musiques médiévales, sans cesse confrontés au peu de supports ou travaux qui leur sont destinés. Il s’agira, en somme, de les guider vers une interprétation de qualité car ils constituent un média important pour la diffusion et la valorisation de nos travaux d’érudition.

L’axe Humanités Numériques du Lab’TTN, qui soutient le projet, adresse ses chaleureuses félicitations aux porteurs du projet: Christelle Chaillou et Federico Saviotti