Enseignement du français aux sinophones anglicisants – 31 mai 2018 Villetaneuse (France)

Organisée par Salah MEJRI, Lichao ZHU et Angélique MASSET-MARTIN
31 mai 2018 Villetaneuse (France)

L’apprentissage d’une langue étrangère est pour l’apprenant une mise à l’épreuve constante entre les systèmes linguistiques de L1 et de L2. L’intuition linguistique chez l’apprenant, forgée par sa langue maternelle, constitue une barrière à franchir dès le début de son apprentissage. Chez les apprenants polyglottes, les interférences des différentes langues pratiquées auparavant s’ajoutent aux obstacles dans l’acquisition de la langue française. Les apprenants sinophones du français dont la plupart pratiquent déjà un dialecte, le mandarin et l’anglais font face à des faits de langues qui deviennent pour eux des sources de confusion. De plus, enseigner le français aux sinophones constitue un défi particulier. D’une part, le français et le chinois (le mandarin) sont typologiquement éloignés ; d’autre part, la conception du monde et la culture d’apprentissage des deux peuples sont parfois diamétralement opposées. La linguistique contrastive est, dans ce cas de figure, précieuse pour comparer et appréhender mutatis mutandis les systèmes des langues dans l’apprentissage (Alvarez et Perron, 1995 ; Sörés, 2008).

En Chine, l’enseignement du FLE dispensé de manière traditionnelle (Robert, 2009) qui est construit autour de la méthode grammaire – traduction (version et thème) n’a pas connu d’évolution importante durant les deux dernières décennies (Vallat, 2011). Cette méthode, fortement liée à la tradition de la didactique chinoise, exige que les apprenants réfléchissent en chinois afin d’assimiler les règles du français dont ils n’ont pas encore connaissance (Besse, 2011). Elle permet certes aux apprenants d’acquérir une base solide de la langue, mais handicape ces derniers quant à la communication et à la compréhension des discours. En France, les établissements français ne disposent pas de pédagogies spécifiques destinées aux apprenants sinophones, malgré le nombre croissant de ces derniers dont la culture d’apprentissage est méconnue (Bouvier, 2002 ; Robert, 2002).

Des ressources lexicographiques, phraséologiques et textuelles (sous forme de dictionnaires, de bases de données et de corpus alignés) doivent être constituées afin d’assister les enseignants dans leur pédagogie et les apprenants dans leur apprentissage. Leur exploitation devrait permettre des choix raisonnés lors de l’élaboration des cours et de la conception des activités et des exercices. De nouveaux outils d’enseignement et d’apprentissage du français (Mooc, e-learning, etc.) modifient le paysage d’enseignement du FLE. Dans ce contexte, des approches telles que l’approche actionnelle (Pu, 2011), l’approche culturelle (Demougin, 2008), l’approche par compétences (Beacco, 2011), etc. pourront voir élargis leurs champs d’application.

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